18/03/2013

La créature

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Maillol : ile de france

 La créature urbaine aux mensurations d'une sculpture à la Maillol genre « ile de france » exposée au musée d' Orsay (mais ici pour pas un rond), se dore, sur le dos, au soleil, sur un lit de feuillage bien épais aux coloris extravagants des automnes successifs, dans le parc Paul-Émile Victor.

 A défaut d'avoir la nudité de circonstance pour le plaisir de savourer une chaleur toute écologique, son maillot de bain deux pièces rose bonbon, rétréci par moult lavage ressemble à un bikini, dévoile une anatomie qui ne laisse pas indifférent les mâles environnants de passage, qui, des yeux la caresse à tous les endroits, et même celui-là.

Un vieux gardien d'immeuble comme de coutume fait sa petite promenade quotidienne dans ce parc chaussé d'espadrille couleur citronnée. Son pas de sénateur chemine toujours sur le même parcours et ce jour là, la créature est sur son tracé. Il s'arrête. Observe cette chair étendue. Puis, au bout d'un certain temps que le neutrinos de service ne saurait pas définir, interroge la créature :

- Le Soleil doit-être en ce moment ravit de vous servir.

 La créature soulève d'une main tranquille son chapeau de paille qui lui couvre le visage et lui répond :

- Le Soleil est l'un de mes admirateurs.

- Je crois qu'il n'est pas le seul.

 Le vieil homme tourne la tête de droite et de gauche pour confirmer son propos.

 - Sûrement, dit la créature, mais vous êtes le seul qui ose me tendre les premiers mots.

- J'aurai aimé vous tendre autre chose, mais la décence, ici présentement me l'interdit, dit-il, le sourire en équation.

 La créature prends la position d'assise en tailleur, rajuste son chapeau sur sa tête.

- Les interdits, dit-elle, de notre pauvre société nous mettent bien mal et nous frustrent de bien des choses. Comment vous nommez-vous ?

- Hubert.

- Prenez place en face de moi, Hubert.

- Mes articulations, de la rotule à la première vertèbre, ne me permettent plus de prendre la même configuration que votre assise et si vous permettez, je poserai mon séant à même le sol. Mais en soi, ne faut-il pas des interdits pour les défier ?

- Ce défi n'est pas sans risque et faites que vous ne restiez pas bloqué, j'aurai grande peine à vous remettre sur vos deux jambes, dit elle d'un léger sourire en coin.

 Hubert n'est pas homme de bois et son âge avancé ne l'empêche nullement d'apprécier les formes de son interlocutrice, qui semblent se tendre vers lui mais dont un magnétisme étrange le repousse tout en même temps. Et s'en perdre le fil de la conversation :

 - Le risque vient de l'article 222-32 du code pénal prévoit un an de prison et quinze mille euros d'amende.

- J'entends que vous êtes bien renseigné, dit la créature, toute souriante.

- Comme il est écrit quelque part : «  Nul n'est censé ignoré la loi ».

- Votre audace m'inspire confiance et j'aimerai que ces premiers mots soient la résultante d'une affinité plus intime, dit-elle malicieuse.

 Hubert est homme à ne pas cacher ses faiblesse :

 - Hélas, je ne sais que tendre vers le ciel ma lunette, dit-il en prenant un discours imagé.

- C'est à dire ?

- J'aime contempler l'Univers, sa fonction et son étroite relation entre nous. Les hommes qui nous croyons au-dessus du Grand Tout et qui ne sommes Rien, osent s'arroger en rois du Monde et en Maîtres de l'Univers. Vaste farce.

- Mais nous ne sommes pas rien. Pour ma part, je me sens vivante et mon corps est palpable à tous les endroits, dit-elle en riant comme une jeune pousse de blé balancé par un vent tiède et entreprenant.

 Hubert laisse un micro temps se suspendre entre un sourire malicieux et quelques images polissonnes :

 - J'en conviens.

- Vous en convenez ? Dit la créature entre roucoulement et léger haussement de sourcil gauche.

- Oui, il n'est pas transparent et sa réalité ne fait aucun doute. Mais de réalité, la chair n'est qu'apparence, faite de particules élémentaires, elle est contenant. Et même si celui-ci est agréable sur toutes ses courbes comme le vôtre, son contenu fait toute la différence, parfois.

- Mon contenu est un croisement entre Mme Emma Bovary et Marylin Moonro.

- Une comète et une étoile.

- Emma une comète ?

- Oui, elle vagabonde entres des mondes cheveux au vent comme une adolescente, ne se pose nulle part, court vers des soleils qui lui brûlent le cœur.

- C'est beau, s'en est presque Icarien.

- N'est-ce pas ? La poésie devrait s'installer sur tous les bancs, se laisser aimer et lire en tout lieu.

A ce moment là, un chêne centenaire non loin de nos deux protagonistes émet des mots de son feuillage :

«  - La poésie doit être faite par tous. Non par un. » (lautréamont)

Hubert tourne la tête un peu brusquement, tend le cou, lève les yeux, en direction de cette voix grave.

 - Qu'est-ce que s'est ? Voilà bien un étrange phénomène.

 - C'est mon arbre à citation. Il est aussi mon ange gardien.

- Il ne se déplace pas j'espère ?

- Pas comme on l'entend, non, mais il me suit d'arbre en arbre quand je me déplace. Et parfois, son support sont des feuilles comme ce feuillage où je suis assise actuellement.

- Je me demande si je suis pas en train de rêver.

- Non, vous êtes bien éveillé, Hubert. Mais la réalité n'est pas toujours celle que l'on croit voir, entendre, ou ressentir.

 Et l'arbre de clamer :

 « La réalité implacable me conduirait au suicide si le rêve ne me permettait d'attendre. » (Maupassant)

 Hubert regarde dans les yeux la créature. Elle sourit à la vie, tranquillement comme une âme dont le bonheur à fait son foyer.

 - J'ai encore beaucoup à apprendre, dit Hubert dont le visage se confond avec une rivière asséchée.

- Nous tous, nous sommes des ignorants. Cela n'empêche pas de savourer le peu de savoir que l'on a pour nous servir de guide.

- Et si ce guide était notre mauvais génie ?

- Qu'importe. L'essentiel n'est pas le bon ou mauvais chemin, seule la source qui nous abreuve intérieurement doit nous guider.

 Hubert, reste songeur. Fixe ses chaussures à lacets. Puis, ses yeux scrutent ceux de la créature.

 - Vous me regardez différemment, Hubert. Est-ce que j'ai changé ?

- Non, vous êtes toujours identique. C'est mon regard qui a changé. Et j'y vois deux océans d'un gris bleu et une écume au bord des pupilles.

 La créature s'étend de tout son long, les bras en croix, les jambes écartées.

 - Vous me voyez comment, maintenant, Hubert ?

- Comme une étoile de mer, échouée sur une plage.

 - Vous êtes un romantique, Hubert. J'aimerai regarder les étoiles avec vous.

 Et l'arbre de clamer :

 « Déjà la nuit en son parc amassait

Un grand troupeau d'étoiles vagabondes,

 Et pour entrer aux cavernes profondes,

 Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait ... » (Du Bellay)

- Vous savez Hubert, mon arbre vous a adopté. Ce qui est rare. C'est même la première fois qu'il déclame des vers.

- Effectivement, il est extrêmement rare d'être adopté par un arbre.

- Ne soyez pas ironique, Hubert. Allongez-vous près de moi.

- Ne dois-je pas craindre le courroux de votre arbre ?

- Soyez sans crainte. Allez, ne faites pas le timide, d'ailleurs elle n'est qu'un paravent. Vous êtes un homme d'action, Hubert. Et j'aime.

 Hubert, se relève comme un vieux cerf et fait une chorégraphie d'une personne usée par l’indécence des ans, et dépose sa carcasse tout en longueur, à une distance d'un bras, en alignement de la créature.

 - Prenez ma main, Hubert.

- Ça va faire jaser !

- Ne soyez pas puritain.

- Je crains que nous choquions les mœurs environnantes.

- Regardez le ciel, Hubert. N'est-il pas d'un beau bleu ?

- Magnifique.

- Et là ? Voyez-vous les étoiles ?

- Elles brillent de mille feux en plein jour !

- Jour, nuit, quelle importance. Elle vous observent, Hubert.

- Non ?

- Si, si. Et l'une d'elle va vous prendre comme compagnon.

 Hubert relève son buste, baisse la tête.

- Ce soir j'arrête de fumer de l'herbe, dit-il d'un petit rire de marcassin.

- Hubert, ne soyez pas vulgaire. Rallongez-vous.

- Non mais voyez-vous comment vous m'embobiner avec des histoires d'étoiles.

- Je dis simplement que l'une d'elle va vous choisir parce que …

 La créature disparaît comme par magie, pas celles des hommes, non mais celle qui n'a pas de nom.

 Hubert se sent tout bête, assis à même le sol, des yeux inconnus le dévisageant comme un extraterrestre. Hubert a la larme à l’œil ! Est-ce les rayons du soleil ou ce bonheur qui l'étreint par la voix de la créature qui est à présent en lui ?

- Venez à moi, Hubert. Je suis la haut, tout la haut. Je suis cette étoile. Vous savez Hubert, la beauté de la chair n'est rien sans celle de l'âme. Mais l'âme n'a que faire de la chair. Celle-ci nous sert qu'à nous séduire, à l'occasion et puis à nous reproduire comme tout ce qui est création, divine ou pas. Comme l'homme reproduit des voitures, il se reproduit lui-même pour sa seule éternité comme les étoiles le font pour survivre dans cet Univers qui lui-même se reproduit. Nous ne sommes un rien de chair, Hubert. Mon âme est en vous. Je suis votre étoile qui vous attend.

Hubert se rallonge. Ce sera la dernière fois.

 @ Max-Louis MARCETTEAU 2013

 

00:12 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maillol, hubert, créature, vie |  Imprimer

25/12/2012

Prise au corps

Trans

Il y a des matins, devant la glace, on ne se reconnaît pas. C'est un autre visage qui vous dit bonjour. On étire la langue, on examine ses yeux, on tire sur ses joues bref un bilan journalier proche du déficit de notre pays. En un mot (même plus) : on se sent enfariné. C'est nous, à la lumière d'une salle de bains confidente de nos défauts grandissants avec le temps. Notre quotidien.

Mais ce matin, j'ai eu une attaque d'identité. Rien avoir avec la carte, celle inventée sous Vichy, non, je ne me reconnais pas. Ça commencé au réveil et je n'ai pas percuté. Pas d'érection, pourquoi pas ? Fatigue, stress, tabac, sexe, alcool, la panoplie du parfait : j'en-ai-rien-à-foutre-de-vos-conseils-de-bien-vivre. Je suis passé aux toilettes, je n'ai pas trouvé l'essentiel qui fait mon anatomie et je me suis pissé dessus comme pas possible. Et là, j'ai crié. Non, j'ai gueulé ! J'ai cru qu'on m'avait émasculé dans la nuit. C'est une sensation atroce de se retrouver sans son « popol » habituel. C'est même traumatisant. Je suis allé direct voir si le lit n'était pas recouvert de sang. Rien. A part l'habituel sueur de mes cauchemars nocturnes.

Qu'est-ce qui m'arrive ? Je me tâte. J'en crois pas mes mains. J'ai des … seins … des seins. Je dors en tee-shirt, et je vois à quelques centimètres de mes yeux pleins phares, une poitrine prête à bondir hors du tissu. Je déchire, au col, le vêtement. C'est pas une poitrine, ce sont deux obus avec le bout des seins tout rose. Ni une ni deux, salle de bains. Etat d'urgence, état des lieux.

Là, devant ce moi, ce miroir, qui n'en fait qu'à sa tête, me nargue d'un faciès étrange, venu d'on sait où mais qui ressemble à une espèce féminine avec un neurone. C'est une peur, un cauchemar éveillé qui n'emballe pas, si ce n'est le cœur !

Je me dévisage. C'est étrange, de se mirer pour la première fois sous cet aspect, un tantinet rebutant au départ et puis on se prend à découvrir le positif. Les traits ne sont pas aussi traînés sur les joues, le front paraît sage, le nez pas si grossier que cela et la bouche expressive comme une pompe à vélo est presque rassurante. Les cheveux blonds, mi-courts, la coupe au bol me fait penser à Jeanne la Pucelle. Je me retourne d'un côté, puis de l'autre. Les mensurations sont avantageuses et le fessier à faire chavirer dix escouades de sous-mariniers. Moins de peur que de mal, je peux dire, mais côté sexe, c'est la douche froide. Il est où mon pilon, ma baguette magique, ma lance de guerrier ? J'ai a présent un chaudron magique. J'ose à peine le toucher. C'est intime ce genre de chose. Et comment ça marche ? Hein ? Je me demande. J'ai une envie de faire pipi. C'est pas vrai. Direction les toilettes. L'émotion sans doute. Soulagement, ça passe tout seul. Bon, avant je décalottais, une petite secousse et hop. Mais là ? J'essuie, ok. D'avant en arrière ou inversement ? Je ne sais pas, moi. J'ai des larmes. Me voilà dans un drôle d'état. Je me tamponne les paupières avec du papier deuxième choix. Horreur. C'est tout noir ! Pas possible ! Retour à la salle de bains. C'est du mascara ! C'est pas croyable. J'ai été maquillé dans la nuit ou quoi ?

Je me passe un gant de toilette. C'est pire. Quelle tête. Je ne peux pas me pointer au boulot comme ça. Nom de Dieu, j'y pensais pas ! C'est affreux, je vais perdre mon boulot. Mon permis de conduire, mon appart, et puis tout le reste. Et mes proches, mes parents surtout ! C'est une catastrophe. Si je tiens le cochon qui m'a transformé en donzelle, ça va tourner au massacre à la tronçonneuse version 3D sans effets spéciaux !

Je suis anéanti. Je vais m'asseoir sur le … bidet. Et dire que je suis célibataire. Enfin heureusement, sinon, j'aurai viré de l'appart en moins de temps qu'il n'en faut à une mouche pour faire cent mètres. Quelle dégaine. Je palpe ce nouveau corps et je me trouve indécent. Indécente ? Si je commence à avoir des questions de personnalité, je ne suis pas sorti de l'auberge. Qu'est-ce qui fait que j'en suis rendu là ? Je cherche dans ma mémoire. Bon, c'est vrai, parfois je déconne sur le sujet des femmes. Mais je les aime, trop sans doute. J'aimerais bien être une blonde, un mètre soixante-quinze, quatre-vingt-quinze C. Mais bon, je dis ça, je dis rien. C'est un fantasme, rien de plus.

Je vais prendre une bonne douche. Ça va me faire le plus grand bien. Je retire le restant de mon tee-shirt et direction poubelle. Me voilà nu … ou nue ? Bon, allez hop, pleine eau sur ce nouveau moi. Du gèle douche sur ma fleur de douche et je passe par … mes seins. Délicatement. Ça tient tout seul. Je me demande comment. Ça l'air bien accroché en tout cas. Le ventre, les fesses et … ah, pas trop là, un peu le bas du dos, je remonte aux épaules, les bras, je redescends, les jambes. C'est gênant ces seins. Les cuisses. Je frotte avec plus d'assurance et je décalotte … ah, non pas là. Comment ça se lave ce machin, truc chose de vulve ? Hein ? J'écarte les jambes. Je ne vois rien. Je lâche ma fleur de douche. Je me penche en avant. Ah, je vois mieux, mais bon. Je prends quoi pour laver l'intérieur ? D'ailleurs ça lave cette impasse ? Je ne suis pas équipé, là. J'essaye de distendre ce qui est légèrement ressorti et un bon jet. C'est chaud. Je ne vais quand même pas me brûler ! Bon, je n'insiste pas. Lavage de tête est plus facile. Je ferme les robinets et séchage.

Me voilà propre. Ça fait du bien. Je me regarde dans la glace de la chambre. Pas mal du tout. C'est pas parfait, mais bon. Avant de m'habiller, je téléphone au boulot. Portable en main, numéro, et appel.

- ImageEnUn, bonjour.

- C'est Jean-Marc …

- Jean-Marc ? C'est une blague. Vous avez une voix de femme.

- Euh … je suis son amie.

- Jean-Marc a une amie ? Vous plaisantez. Il n'a jamais eu que des nymphomanes.

- Mademoiselle, je ne vous permets pas !

- Excusez-moi.

- Jean-Marc ne viendra pas travailler aujourd'hui. Il est souffrant.

- Je note. Il sera là demain ? Ce n'est pas trop grave ?

- Non, non. Mais il est possible qu'il prenne une semaine d'arrêt de travail !

- Il faut que je prévienne monsieur Henry.

- C'est ça, faites au mieux. Au revoir mademoiselle.

- Au revoir madame.

Incroyable. Ma voix s'est transformée d'un coup. J'ai une voix de femme. Et l'autre, de quoi elle se mêle ? Je te jure. Bon, je vais m'habiller. Souci, je n'ai pas de fringues de filles. Qu'importe. Le slip, trop large. Mince. Pas de slip. Pantalon, je mets une ceinture est le tour est joué. Soutien-gorge, n'en parlons pas. Chemise, un peu large, mais avec les seins ça se tient. Un pull ? Non, fait un peu chaud. Chaussettes. Chaussures, alors là ça se corse. Trop large. Ah, j'ai des tongues. Pas le pied. Je reste pieds nus en attendant.

La glace et moi, nous nous regardons avec attention et curiosité. Je ne suis pas mal du tout, en homme. En vêtements de femme, je devrais être une vraie bombe sexuelle. Mais bon, restons les pieds sur terre. Il faut que je puisse parler à quelqu'un. C'est une véritable malédiction qui vient de me tomber dessus, ce n'est pas possible autrement. On ne change pas de sexe comme ça du jour au lendemain. J'allume une clope. Première bouffée, écoeurant et je tousse comme un tuberculeux. Je sens que je vais faire un malaise. Elle infecte cette cigarette. Un comble. Je me sers un vers d'eau. Ce n'est pas dans mes habitudes.

J'ai une idée ! Et si j'appelais un de mes potes ? Non, un ami, sûr, sans reproche, solide, sans faille, une nature humaine, quoi ! Camille est infirmier de nuit. Il va peut-être m'aider. Je vais lui envoyer un SMS, c'est plus prudent. J'espère qu'il n'est pas trop tôt, dix heures dix. Bon, je vais bien voir, s'il me répond. Je tourne en rond comme un lion en cage. Je vais voir de temps en temps si j'ai changé d'apparence ou pas. Pas à dire j'ai quand même du mal à mis faire à ce physique. Pas de réponse de Camille.

Les heures tournent et ce midi je suis incapable de prendre quoi que soit, à part de l'eau. Mes pensées tournent à mille à l'heure. Et si je me mettais du verni à ongle ? Bon, j'arrête de dire des âneries. La sonnerie de la porte d'entrée de l'appart retentit. J'ai une volée de coups au coeur. Je laisse tomber une chaise. Je regarde à l'oeilleton de la porte. C'est Camille ! J'en suis presque heureuse … heureux. J'ouvre et je vois le Camille un peu interloqué.

- Il n'est pas là Jean-Marc ? Dit-il

- Viens, je vais t'expliquer.

Je le tire par une manche pour qu'il rentre.

- Je ne veux pas déranger. Il m'a envoyé un message et dès que je l'ai lu, j'ai rappliqué.

Je le dirige dans le salon et le fais asseoir sur le canapé. Je vais chercher deux verres, une bouteille de whisky et une d'eau, on ne sait jamais. Je sers. Je suis dans un état presque second. Il me regarde comme une femelle. C'est atroce. Je m'assoie prêt de lui. Et je ne sais pas ce qui me prend, je lui saisie les mains. Il ne résiste pas particulièrement. Il me sourit. Ce sourire qui vous déshabille et ses yeux lubriques qui vous dévorent. C'est indécent.

- Tu veux qu'on passe un moment ensemble, bébé ? Me dit-il entreprenant.

J'en reviens pas. Je suis dans un monde et lui dans un autre.

- Je suis Jean-Marc. Dis-je, la voix presque éteinte.

- Tu es quoi, bébé ?

- Ne m'appelle pas bébé ! Je suis Jean-Marc.

J'essaye de rehausser ma voix pour qu'il me comprenne.

- Tu es qui ?

- Jean-Marc. Tu comprends ? Je suis Jean-Marc.

Et j'insiste sur mon prénom.

- Non ?

- Et si.

 - Ça marche !!!

- Qu'est-ce qui marche ?

J'ai les yeux qui s'écarquillent comme des fenêtres. Je ne comprends rien à ce qu'il me dit.

- C'est géant !

Il est tout enjoué à dire ça. Il se lève d'un coup. Fait le tour de la table basse. Me dévisage avec insistance. Il semble étonné et satisfait.

- Tu te rends compte. Ça marche !!! C'est fou. Me dit-il, épaté.

- Qu'est-ce qui marche. Expliques-toi !

Je suis inquiète … inquiet au possible. J'ai les mains moites.

- Je vais t'expliquer, Jean-Marc. Ça fait bien deux ans que tu tapes ma femme ...

Je me lève d'un bond, prêt à lui sauter dessus. Je comprends que trop bien à présent. Je ne vois pas la main qui vient frapper durement mon visage et je m'écroule sur le canapé, en larmes.

- Je me suis demandé comment j'allais pouvoir assouvir ma vengeance. Je voulais quelque chose de vraiment inhabituel sans passer par le crime. Et puis, un jour de vacances, avec Sabine, j'ai donné quelques pièces à un vagabond qui mendiait à l'entrée d'un village. Le lendemain, je suis repassé par ce village qui tenait boulangerie et bistrot. Le vagabond était là, avec sa chopine. J'ai pris un verre et puis nous avons discuté, de la vie, du monde. De verres en bouteille, je lui ai expliqué que je voulais me venger de l'outrage que je subissais deux fois par semaine d'être trompé par ma femme avec mon meilleur ami. Il m'a assuré que l'on pouvait faire quelque chose. Et j'ai bien rit quand il m'a dit de quoi il retournait. Lui, il ne riait pas. Il m'a demandé de lui fournir des choses qui t'appartenaient. Au retour de vacances, je me suis mis en quête. Tu es désordre Jean-Marc et il a été facile de me procurer les choses demandées sans que tu t'en aperçoives. J'ai fait un paquet et j'ai envoyé le tout à une boîte postale. Je ne savais pas quand le résultat allait se présenter. Aujourd'hui tu es ce résultat : cette transformation d'un homme en femme.

J'écoute à moitié paralysée. Je le vois gesticuler, prendre des airs de vainqueurs.

- Mais rassures-toi, Jean-Marc, l'effet ne dure que le temps d'une pleine Lune. Cette pleine Lune ! En attendant, je vais profiter de toi. Tu veux bien ?

Je ne veux pas. Il est hors de question qu'il profite de ce corps même si ce n'est pas le mien d'une certaine façon. Il s'est approché de moi, je me suis redressée, il m'a frappé à plusieurs reprises, sur la tête, les épaules, les cuisses. Je me débats, les coups redoublent. Je suis impuissante. Je cris. Mais qui peux m'entendre dans cet immeuble où la plupart des gens sont absents ? Et même, qui serait venu pour s'enquérir de ces cris de femmes ?

Il m'étale sur le ventre dans le canapé. Force sur les pans de mon pantalon qui se déchire. Insiste et me voilà moitié nue, impudique et honteuse. Je passe la suite, terrible, bestiale entre intromissions et coups, je suis … violée. Non, pire, je suis déshumanisée.

Il quitte l'appartement sans vraiment que je m'en aperçoive. Il fait nuit. J'allume toutes les pièces. Je me traîne. J'ai mal partout. Je vais à la cuisine. Je bois un grand verre d'eau. Je cherche de quoi écrire. Je m'assoie comme je peux et j'écris tout ce que vous venez de lire.

Maintenant, je vais ouvrir la fenêtre. Six étages, je ne devrais pas me rater.

 

©Max-Louis MARCETTEAU 2012

12:42 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : changement, sexe, personnalité, vie |  Imprimer

20/05/2012

Le fruit du bonheur

 

Idée de texte du site Écrire 2012 : Catégorie : dialogue

 

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Paul

 Je viens de créer la pêche du bonheur !

 

Émile 

 Et ça se vend bien ?

 

Paul

 Comme des petits pains.

 

Émile

Vendre du bonheur comme des vacances !

 

 Paul

 C'est différent. C'est un autre domaine.

 

Émile

Tu n'aurais pas reçu un marron sur le citron ?

 

Paul

 Ça baigne ! J'apporte à autrui tout le bonheur qu'il mérite.

 

Émile

 Tout le monde ne mérite pas le bonheur. C'est une utopie.

 

Paul

 Combien de fois l'humain à dépasser les limites ? Elles sont innombrables. C'est cela l'utopie.

 

Émile

Et ... comment se procurer cette pêche du bonheur ?

 

Paul

Je propose le fruit dans un verre d'eau de pluie versé par un nuage du sud ensoleillé pendant une semaine.

 

Émile

Je crois que là, tu as besoin d'un bon verre d'eau du robinet. Ça javellise, aussi, l'esprit.

 

Paul

Donne-moi la définition du bonheur ?

 

Émile

Je vais te dire ma définition à moi, ce qui sera plus simple : le bonheur, c'est de discuter avec toi.

 

Paul

Je ne m'y attendais pas ! C'est beau et je t'en remercie. Mais, cette définition est personnelle et chacun devrait en avoir une comme toi. Ce n'est pas le cas. Donc, créer du bonheur, s'est goûter un moment, qui apaise, rend heureux et cela, à tout instant que l'on peut choisir. C'est ça, la vraie découverte. Et cette pêche est seulement le détonateur.

 

Émile

 Franchement, j'y crois pas. Parce que la vraie découverte aurai été de proposer de se mettre en situation de bonheur et non d'apporter un fruit trempé dans je ne sais quel nuage.

 

Paul

Ce fruit représente la parole, ce nuage la parabole. Ils en sont les symboles.

 

Émile

"Prenez, ceci est mon corps. Prenez, buvez, ceci est mon sang. » Nous sommes en pleine liturgie.

 

Paul

 Je leur offre la messe.

 

Émile

Tu es un saint. Mais, attention, tu finiras martyr.

 

Paul

Qu'importe le coût, le bonheur pour tous grâce à moi est exaucé.

 

Émile

 Et bien, je te laisse. Je vais continuer mon chemin de croix.

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2012

 

16:26 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bonheur, fruit, vie, pêche |  Imprimer

18/09/2011

Anniversaire

 

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Un anniversaire ne s’oublie pas. D’ailleurs comment oublier ? Quoi que ...

 

Les années passent sous le feuillage des souvenirs et le composte de cet amour est une braise qui n’attend que le souffle révélateur pour s’enflammer.

Je suis devenu homo hibernatus sur ce quai qui ne se rappelle plus de quoi il retourne. Les homos sapiens ont foulé nos derniers instants dont ils ne restent plus aucune molécule, si ce n’est aucun atome. Mais savais-tu que ces derniers instants dont tes mots d’adieu n’étaient pas convainquant et mon silence colère retenu par la chaleur des murs d’enceintes de ton aura, sont marqués d’une empreinte dans nos fibres ?

 

Nous étions incompatibles. Et pourtant nous nous sommes cherchés des décennies. Défier la nature de nos raisons et le cœur en détecteur involontaire prenait part avec le hasard de nous brancher sur la même longueur d’onde.

 

Les dés étaient jetés et les cartes nous ont construits un château. Je l’aurai voulu de cristal, il s’est transformé en château d’Espagne.

 

Nos caractères nous ont-ils vraiment séparés ? Oui. Nos cœurs, non ! A Nous deux la faute.

 

Balle au centre.

 

Tu as voulu revenir à ton port d’attache, comme une naufragée. J’ai voulu te tendre la main et j’ai fauté. Il y a les femmes et la Femme de sa Vie. Jalousie n’apporte rien. La trahison aussi. Tu as eu ton poteau d’exécution, j’ai eu le mien.

 

Balle au centre.

 

Chacun avec une souffrance qui n’était pas celle de notre amour, mais celle de nos histoires respectives. Nous étions formatés avec cette impossibilité de nous défaire de nos hardes. 

 

Mais tout cela c’était hier, n’est-ce pas, Mon Amour ?


 

Max-Louis MARCETTEAU2011

23:16 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anniversaire, amour, dauphins, vie |  Imprimer