01/06/2007

Une horloge

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Une horloge tombe à l’eau. Elle bulle des « au secours ». Sur la berge un pêcheur qui ne voit que son flotteur traînant son ennui par le jeu du clapotis d’une pluie éphémère, indifférent à cette noyade, baisse son chapeau jusqu’à son nez. Les secondes de l’horloge égouttent les flaques de l’agonie en des ondes qui se cassent sur le fond de la rivière caillouteuse, aux délits cachés en son sein. Les poissons font les gros yeux sur ses aiguilles qui cadencent au tic-tac affolés comme si elle courait un sprint pour sauver ses minutes qui se comptent les unes les autres avant de passer de vie à trépas en soixante secondes et que le passé archive sur le rayon des suicides. L’horloge rage. Pourquoi les cambrioleurs l’avaient bâillonné ? Elle n’était pas une alarme, tout juste un carillonnement pour dénoncer les heures ? Pourquoi l’avaient-ils recouvert d’un tissu rouge lors de son enlèvement ? Elle n’avait pas l’intention de trahir ses ravisseurs. Pourquoi se retrouvait-elle en compagnie d’autres horloges dans un hangar aux lucarnes agressives ? Elle avait toujours vécu seule et ses congénères bruyantes dérangeaient son comptage journalier, elle ne savait plus, si elle était en retard ou en avance. Quelle angoisse ! Pourquoi, personne ne resserrait pas son ressort ? Elle avait envie de vivre encore ses secondes en éternité, ses minutes en espoirs, ses heures en cadeaux, ses jours en jouissances, ses semaines en bonheur, ses mois en étoiles, ses années en Noëls, bref de vivre un siècle bien remplit. Mais comment sortir de cet asile d’horloges en délire, chacune son tic, avec pour certaines une tendance à se prendre pour des baromètres, et tenir plus longtemps sans compromettre irréversiblement sa raison ? Elle désirait retrouver une main attentive, prête chaque fin de semaine à remonter son mécanisme d’orfèvrerie imaginé par un maître horloger de la Vallée des Siffleurs. Et ses engrenages qui peinaient, et . . . pourquoi n’avait-elle pas pensée plutôt à invoquer la déesse des Horloges : TikTak ?  Elle rassemblait son énergie à invoquer la formule mathématique qu’aucuns scientifiques n’auraient pu déchiffrer. Tout le monde était mis à l’épreuve : cliquet, rochet, spirals, pignons, ancre, fourchette, roue d’échappement, roue motrice, poids, lames de suspension. Ses aiguilles dansaient un quadrille à une vitesse que la lumière en aurait pu perdre la vue. La déesse se présentait en montre gousset, brillante. « - Tu n’as qu’un seul vœu, ma belle, tu as une couronne de temps pour le prononcer » L’horloge émue par ce phénoménal événement, balbutiait son vœu : « Au bord d’une rivière, une jolie maison, annoncer mes heures à des gentils habitants, . . . ». Quand, elle se retrouvait au bord d’une rivière, son cadran se mirait les chiffres ! Le temps d’une couronne n’avait pas pris la totalité de sa déclaration ! Malheur ! Cet équilibre précaire lui valait la noyade. Elle rage ! Tant et si bien que le dieu des horloges : Tactique, s’agace ! Il prend la mesure de ce tragique destin et lui glisse entre ses rouages délicats une incantation chiffrée qu’elle traduit par : « L’horloge seconde sans heurt la vie des humains, tu seras l’horloge des poissons aux heures sans faim »

Morale : soyez clair et concis dans vos choix.

 

©Max-Louis MARCETTEAU 2007

00:24 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : horloge, temps, eau |  Imprimer

22/05/2007

Se fondre

Huile de Frida KAHLO La colonne brisée

Se fondre dans la couverture glacée des heures cannibales qui s’étendent sur vous comme malaise à la vue d’humains déchiquetés d’amertumes. Dépouiller son trop plein d’émotions, les séquestrer dans la fortification de votre lit, la nuit d’une pleine Lune et pleurer des larmes d’outre-tombe sur l’oreiller de vos sueurs putrides. S’entailler les ongles par le travers, les tremper dans l’encre jaune à la blessure infectée des obsessions indomptables. Les inscrire sur les remparts immondes de la vue galvaudeuse des voyeurs inconditionnels de l’extravagant morbide. Les couronner d’épines, les crucifier mille fois pour les anéantir dans la mémoire collective. S’épancher sur elles, les regretter comme des sœurs indispensables à sa vie. Reconstruire d’autres semblables, les vénérer à l’extrême et produire l’illumination religieuse, Foi  impénétrable qui vous fait vivre. Dégoupiller ses peurs ! Les embarquer à fond de cale ! Les ratiser à tous les instants, les scorbutiser nuits et jours. Les damner dans l’eau salée de la compréhension. Dévaler les escaliers de l’insaisissable et se disloquer sur le palier de l’insatiable. S’égorger à ses mots, mourir  au souffle de sa peur, s’inhiber dans le néant ! Je me regarde dans la glace. Mon esprit est ce ventre entortillé de douleur. La glace se brise. Les éclats me perforent de part en part. Vivant, je rampe à la baignoire. Tourne le robinet d’eau froide. M’enfonce  dans ce liquide, qui monte lentement à sa vitesse, tel un sablier qui ne sait pas qu’il est le représentant du Temps. Je me noie à l’ébullition de mes mots savonnés de ma consistance humainement instable, décadente par définition, perméable à ses pensées, inconvenante à sa vie et indispensable à son esprit.

 

©Max-Louis MARCETTEAU 2007

 

 

( Huile de Frida Kahlo " La colonne brisée")

22:38 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : esprit, lune, pleurer, lit, temps |  Imprimer