21/07/2007

Elle et lui (1)

Les amants de la véranda 1976

Elle et Lui

 

Elle : « Tu pars ?

Lui : « Au jour qui s’essouffle, la nuit s’impose.

Elle : « Tu m’imposes ton partir comme une goutte qui déborde d’un vase.

Lui : « Je pars renversé par tes mots trop souvent plein d’amertume.

Elle : « Mon amertume fleuri à ton terreau et son parfum t’indispose.

Lui : « Je préfère disposer avant d’imposer le socle de ma personnalité sur ta terre.

Elle : « Je n’aurai eu l’occasion de devenir ta statue soumise à tes regards indécents.

Lui : « Mon indécence est mon admiration pour toi.

Elle : « De moi rien n’est admirable, et le désirable est enfoui au cœur de ma tombe.

Lui : « Ton cœur, à ne jamais se dévoiler, pourrira dans le flot de tes larmes.

Elle : « Mes larmes, ma source, me font renaître à chaque instant, revivifiant mon désir de vivre.

Lui : « Et ma vie ? Une simple trace sur la ligne de ta vie, effacée à la gomme de ton indifférence.

Elle : « Tu es l’encre qui n’a pas su marquer les traits de ton amour.

Lui : « L’amour n’est qu’une vague qui s’épanche sur une plage.

Elle : « Ton écume est un sperme froid qui recouvre les galets stériles.

Lui : « Enfanter le néant, tu n’as que cela à m’offrir et tes ombres d’angoisse pour me punir.

Elle : « Mes angoisses sont aussi les tiennes, des linceuls qui m’étouffe.

Lui : « Nous sommes identiques et autres choses, ensemble nos mondes s’entrechoquent.

Elle : « Le soleil est toujours identique mais ses couchers sont toujours différents.

Lui : « Nos mots nous embrochent, nos différences nous brûlent, nous sommes devenus cendres.

Elle : « J’ai besoin de ces brûlures pour exister, j’ai besoin de ces cendres pour renaître.

Lui : « Tu as consumé tous les impossibles de notre passion, les possibles sortent cuirassés.

Elle : « Défait ton habit de mâle, ouvre les vannes de tes mots vrais, de cet amour qui t’enchaîne.

Lui : « Enchaîné à tes barbelés, je suis griffé de toutes parts, mon sang n’est pas le tien.

Elle : « Mon sang est ton eau de vie, tu es celui qui en moi vie par moi et seulement moi.

Lui : « Tu aboies comme une chienne enragée, tes crocs s’émoussent sur mon cœur.

Elle : « Tu es pathétique comme un timbre poste qui vient de faire le tour du monde.

Lui : « Ton rictus pourrait servir d’appât à un autre homme, ton sourire est une fosse.

Elle : « Restes !

Lui : « Trop tard !

 

©Max-Louis MARCETTEAU 2007

 

( Peinture de Jean-Marie POUMEYROL « Les amants de la véranda » 1976 )

18:27 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : amants, passion |  Imprimer

27/05/2007

Souviens-toi

les-amants-malle 1958

Souviens-toi, quand pour la première fois j’ai apposé ces mots au creux de ton oreille : « - Tu es ma Reine, je suis ton Roi ». Qui de nous savait à ce moment là que tu allais devenir cet As pic et moi cet As de carreau ? Nous étions de cœur dans un champ de trèfles, loin d’un jeu des sept familles que nous avions mis dans un album photos souvenirs. Notre rencontre était improbable et pourtant souhaitée, là au fond de notre âme, en filigrane. Nous étions impérissables, inséparables, insouciants comme des adolescents, conscient de nos différences, le monde s’était toi et moi. Un cordon ombilical s’était formé (césure d’autant plus douloureuse lors de la séparation). Nous étions ivres sans perdre conscience. La marge de la vie nous accueillait comme elle accueille tous les amants, impartiale. Tout amour est unique et pourtant les ingrédients, la formule, sont identiques, seuls les protagonistes et la mise en place de la Rencontre, diffèrent. Qu’importe l’âge, la couleur, l’obédience, la beauté, le seul trésor est un NOUS que rien ne vient, de l’extérieur, bousculer, détruire. Nous avions construit cette bulle selon les normes en vigueur, naturellement. Cependant avec le temps, nous avions créé notre propre anéantissement. Paradoxe et pourtant inévitable réalité de l’amour fusionnel qui pose la question : sommes nous prêts à nous aimer sans concession ? Nous étions devenus des joueurs d’échecs. Nous étions prêts à tout et prêts à rien ! Un genre de néant nous a happé. Une agonie s’est ensuivie comme un malade qui de sa souffrance veut en finir et s’accroche, pourtant, à sa vie tel un alpiniste qui a décroché, suspendu dans le vide et que rien ne peut arrêter son éminente chute si ce n’est un secours improbable. Inévitablement notre propre perte s’est accomplie : nous avons chuté. Fractures multiples, traumatismes divers, ont ne pourra jamais payer la facture de notre séparation. Nous sommes devenus des SDF à la recherche d’un nouveau toit. Nous l’avons trouvé, mais à quoi ressemble-t-il ? A un refuge !

 

©Max-Louis MARCETTEAU 2007

 

Les Amants de Louis Malle (1958)
Avec Jeanne Moreau et Jean-Marc Bory
Collection Cahiers du cinéma

00:02 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : amants, jeu, amour |  Imprimer