03/02/2012

L’imparfait est Roi!

 

Idée de texte du site Écrire 2012 : Thème :La baguette magique

 

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Un monde de bulles

 

 Il y a des matins, devant la glace, on ne se reconnaît pas. C'est un autre visage qui vous dit bonjour. Je tire la langue, examine mes yeux, tire sur mes jouent creuses, bref un bilan journalier proche du déficit de notre pays. En un mot (même plus) : je me sens enfariné. C'est moi, à la lumière d'une salle de bains confidente de mes défauts grandissants. Mon quotidien.

 

Mais ce matin, j'ai eu une attaque d'identité. Rien avoir avec la carte, celle inventée sous Vichy, non, je ne me reconnais pas, là, devant ce moi, ce miroir qui n'en fait qu'à sa tête, me nargue d'un faciès étrange, venu d'on sait où mais qui ressemble à une espèce d'alchimiste, de magicien. C'est une peur, un cauchemar éveillé qui n'emballe pas, si ce n'est le cœur !

La première émotion venue, je me dévisage. C'est étrange, de se mirer pour la première fois sous cet aspect, un tantinet rebutant au départ et puis on se prend découvrir le positif. Les traits ne sont pas aussi traînés sur les joues, le front paraît sage, la moustache en bouts spiralés n'est pas si déplaisante, le nez pas si grossier que cela et la bouche expressive comme un clown est presque rassurante.

 Et si j'avais des pouvoirs magiques, à exaucer mes vœux ? Amen ! Je cherche dans ma cervelle toute nouvelle, quelques données ésotériques, voire des formules à la Dac, et je ne suis pas étonné, après des minutes aussi longues que le fil à soie, de concentration, d'invoquer à haute voix des phrases qui n'ont pas de sens pour le commun des mortels mais qui à mon grand dam, ne produisent rien.  Je répète, une fois, deux, trois, … dix fois, … rien ! Je suis un tantinet déçu, voire énervé. Ce qui n'est pas dans ma nature. Est-ce bien raisonnable d'être dans cet état physique, si cela ne m'apporte rien ! M'aurait-on joué un tour de cochon ?

 J'ai une idée ! Et si j'appelais un de mes amis ? Un ami sûr, sans reproche, solide, sans faille, une nature humaine, quoi ! Je vais mis prendre pour qu'il ne me voit pas. Ce serait un comble, si en plus je devais perdre un ami, à cause de ma nouvelle apparence ! Ou carrément, qu'il fasse une crise d'hystérie. Aïe, aïe, aïe. J'y pense même pas !

 

«  - C'est toi, Polo ? (je suis derrière la porte d'entrée)

 -        bé, oui patate !

 -        Bon, je t'ouvre, et je vais direct dans la cuisine. Je ferme à clé.

 -        T'es pas bien, Isidore ?

 -        Si, si. Mais faut pas que tu me voies.

 -        Tu t'es pris un retour de flamme avec ton four à gaz ?

 -        Non, non ».

 Je ne cherche pas plus à discuter. Je trottine : direction la cuisine et … pas de clé. Je cale la porte avec une chaise … euh, pas de chaise. Vite, vite, une idée. Je déplace la lourde table de chêne. Cela fait un bruit de tous les diables. Enfin, la porte est bloquée.

 «  - Tu me fais peur, me dit Polo.

 -        t'inquiètes !

 -        Mais je suis inquiet. Tu veux que j'appelle le toubib, les pompiers ?

 -        Non, non ! Dis-moi, Polo, est-ce que tu aurais un vœu à formuler ?

 -        Un vœu ? Quel vœu ?

 -        Un truc qui te ferais plaisir et que tu ne peux pas te payer ou que tu n'auras jamais, mais dont tu rêves. 

 -        Ah ! Et bien …

 -        Alors ? C'est pour demain ?

 -        Je réfléchis !

 -        Euh … une pouliche.

 -        Une pouliche ? Comment ça une pouliche ? Une femme ?

 -        Est-ce que tu voies une de ces femelles avec une selle sur l'échine, ignare. Je veux une jument pour la faire courir et gagner du blé !

J'avais zappé que le Polo, c'est un turfiste. Et pas un amateur. Une pointure mais qui ratisse son salaire en une journée !

 -        Bon, je vais voir, si je peux t'exaucer.

 -        Exaucer ?

 -        Cherche pas !

 Je me concentre. Je vois un tas de formules dans ma cervelle qui tournent comme cents manèges. Et hop, j'en chope une. J'invoque.

 « - Qu'est-ce t'as à crier comme un veau ! »

 Je n'ai pas vraiment conscience que je crie et Polo, il s'inquiète, mais aussitôt, j'entends un hurlement qui n'est pas inscrit dans le dictionnaire des onomatopées. Puis, une chose qui tombe et des hennissements !

 Je déplace d'un tour de rein la table, j'ouvre la porte et là, je vois au milieu de mon salon, une pouliche, d'une belle robe isabelle, qui n'a pas l'air d'apprécier d'être entre un canapé et un guéridon, et le Polo sur le tapis les bras en croix.

 J'ai réussi ! Je suis ému, fou de joie, étonné et une certaine peur. Un mélange qui est d'autant plus explosif que mes pieds sont devenus des … sabots !

 

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2012

21:49 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : magicien, jument, miroir, polo |  Imprimer

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