18/10/2011

Verre d'eau, un lendemain de cuite

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Avez-vous vu un verre d'eau un lendemain de cuite ? Non. Moi, si ! En vérité, je l'ai goûté, son eau : âpre à souhait, avec un arrière goût à vous relever les papilles jusqu'au palais et la luette qui sonne midi.

 

Je suis allé chiner dans le frigo du sucre en poudre pour remonter le pH de l'eau. Petite info sur le sujet : son cousin sucre de canne en morceaux lui avait cassé quelques infamies sur le dos et ne souhaitait pas d'un tel individu mollasson à ses côtés. Il y avait comme un froid entre-eux. A l'intérieur d'un placard ça fait désordre. La protestation devenait endémique. Entre les petits pois, toujours aussi arrogants et le thon à l'huile qui en jetait, j'avais décidé de flanquer le sucre en poudre au cachot. Vous l'avez compris : le frigo. Il est de mauvaise humeur le bougre (le sucre en poudre). Je l'ai secoué pour obtenir une ration convenable pour mon verre d'eau. Chose faite, je ne lui ai pas dis merci.

 

Un verre d'eau, c'est personnel. Je dis même : exclusif. Comme la brosse à dents, d'ailleurs, même si elle est d'ici (et pas d'Issy).Il y a une relation particulière, intime. Vos lèvres ne sont pas pour tous, même si le monde est orgiaque, garder un quant-à-soi est de bon aloi. Un gain non négligeable de sureté. Ce monde qui épie l'autre moitié, souvent sans qu'on s'en aperçoive. C'est pour cela que je mets sous clé, tous les soirs, mon verre d'eau. Et aujourd'hui comme les autres jours et ce, jusqu'à ce qu'il casse. Car je sais que sa disparition est inéluctable. Et j'avoue que je conserve précieusement dans une vitrine, sur des morceaux de coton, un fragment de mes verres d'eau trépassées.

 

Verre d'eau est devenue une solution sucrée. A la première gorgée, j'ai vrillé ma main gauche vers l'intérieur. Signe que je suis satisfait, en général. Cependant, je nuance mon expertise. Il y a un je-sais-quoi qui me fait frétiller … la paupière droite. Et ça, c'est pas bon signe. Un mauvais présage : une fracture sucrée. C'est rare. C'est un sucré rebelle au H²O lors de circonstances pour l'instant non élucidées.

 

Je régurgite tel le cracheur de feu vers la première plante venue. Mon instinct de primate sent venir à lui, par lianes interposées, l'ordurier qui sommeil. Mais mon formatage éducationnel vibre fortement d'une alerte rouge. J'éructe, alors : un zut, soprano.

 

De suite, je cherche un papier, blanc, quatre-vingt-huit grammes, le pose sur une table inox en forme de croix que je dispose dans la cuisine prêt du four traditionnel (j'aime bien le traditionnel). Je verse quelques gouttes de ce liquide rébarbatif à l'ingestion du primate phalloïde que je suis. Et miracle, et celui-là, pas spéculatif, pas papal, pas thaumaturgique. Non, j'ai devant moi la preuve, le vice de forme, que sucre en poudre, avait eu un parent betterave ! Mais je n'arrive pas à décrypter le reste de la formule écrite sous mes yeux !

 

Je suis allergique à la betterave. Je suis colère. J'en réfère à sucre en poudre. Il ne me répond pas. Je suis décontenancé, il y a de quoi. Je le prends d'une main et lui tapote, de l'autre, l'arrière-train. Il vient de succomber, gelé.

 

En grande pompe (à ne pas confondre avec un clown unijambiste), je le déshabille de son emballage et le place délicatement dans une casserole, sous un feu ardent. Voilà, devant son Paradis, devenu : caramel !

 

Et puis, de ce fait peu coutumier, j'en exécute un autre. Je brise mon verre d'eau sur le mur de ma cave, et laisse les débris, ainsi, à la moisissure du temps, sans plus d'état d'âme.

 

© Max-Louis MARCETTEAU2011

 

 

 

 

22:00 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eau, ph, verre, cuite |  Imprimer

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