26/02/2008

Terre en terre

Peinture 1 Angelika

Les heures du jour se prennent par la main, séduisent un dernier soleil. Demain, il ne viendra plus poser, nu, sur le drap bleu du ciel. A la nuit des cadavres, les vers luisent leur dernière lueur. Le temps n’arrête pas la prière, pourtant. Les yeux sortent faire un tour sur la scène des dernières tombes creusées à la sueur d’une énième bouteille whisky. Quelques os jouent aux osselets sur la pelouse de cheveux plantés par les phalangettes esclaves. La Lune brille des vapeurs peureuses des âmes errantes. Les loups rongent les tibias égarés sur le chemin de croix de la rédemption. Les chrysanthèmes font la tête à la venue d’un vent de houx. Les hiboux muets se promènent sur les branches mortes des arbres centenaires, foudroyés par l’amour du printemps, ce dandy, tourneur de feuilles en goguette, prêtent à tout et à mourir aux premières syllabes de l’automne. La terre se meuble de cimetières. Les croix fleurissent sur la terre des prières juteuses comme des clémentines. Un violon prend des airs lugubres accompagné d’un piano vagabond, qui traînent ses notes comme des racines d’Immortelles. Des oreilles encore valides écoutent ces morceaux venus d’un au-delà impalpable sur l’oreiller de la mort, toujours attentive au bien être des survivants de l’enfer terrestre,  le paradis se morfond dans la cave des souvenirs roses. Une voix, une plainte, se pose sur une dalle grise de vers, taillée par les douleurs d’un homme. Agenouillé, marteau et burin passent leurs nuits froides à tenir la vérité d’une éternité humaine au-delà des mots, des passions. L’horloge d’une église sonne. Une chorale s’embrase sur le bûcher d’un vin sacré. Elle se soûle de quantiques, se signent, se défroquent à l’indice d’un sillon vierge. Les flammes souffrent les corps impurs, le vent attise avec force ces flambeaux de viandes qui fuient vers des ténèbres hospitalières. Aux rescapés, les bourreaux passent à l’action et tranchent dans le vif de la chair au sang chaud de la jouissance présente et future Le jour ne se lève plus. Les pluies de douleurs cisailles toutes les vies à venir. L’avenir lui-même a renoncé à prêcher la bonne parole sur la Terre. Elle vient de mourir. 

 

©Max-Louis MARCETTEAU 2008

15:21 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : terre, ciel, flamme, sang |  Imprimer

03/02/2008

L'homme est un conquérant

Photo Olivier Cornelis intitulée à saute mouton

 Photo Olivier Cornelis intitulée « A saute mouton » http://olico.skynetblogs.be/

 

L'homme est un conquérant, et oui mesdames ! Le trophée gagné, il lui reste quoi d'autre à faire ? Et bien, comme nous dit Brel : " L'homme est un vagabond". Alors, il vagabonde et la femme crise et oui, la possessive n'aime pas partager (pléonasme), là est son moindre défaut. L’homme rentre dans le rang aux mots de soumissions de sa chère et tendre : «  Qui tient le pantalon, ici ? C’est moi ! », ou la femme prend ses bagages, et part, séance tenante, seule ou accompagné d’un moutard, à qui le juge demandera : «  - Tu veux rester avec maman ou papa ? » d’un air papi gâteau. Le gamin, n’entend pas trop bien la question, ce mouche avec les doigts, à défaut d’avoir un kleenex proprement rangé dans un tiroir de la salle de bains oublié la veille du départ de sa mère, elle-même en larmes (de comédie) pour bien faire comprendre toute la faute à l’homme, le boulet de sa vie, de ses envies frustrées, de sa tromperie inexcusable. Et l’enfant de partir avec sa mère, les yeux rivés sur son père, blanc comme un linge, les yeux humides (pour de vrai), l’air aussi dépité qu’un : 3-0, que vient de subir son club de football chéri (pas de nom, je ne veux pas faire jaser, pour tel ou tel club) humilié et proprement éliminé en finale de la Coupe de France. Cependant, si l’homme se repend, agenouillé prêt du lit de sa compagne au bord du gouffre sentimental (un vide que les mathématiciennes sont incapables de résoudre, il est vrai qu’en calcul, les femmes ne sont capables que de résoudre le retour de leur période (pour ne pas dire, règles), il a, quelque chance de pouvoir rattraper le coup. Mais ce n’est pas gagné pour autant. Il devra racheter une conduite. Ce n’est pas comme le permis de conduire où l’on peut racheter ses erreurs : « - dit moi chérie tu n’as pas 2500 euros qui traînent sur ta psyché ? » «  - Ma psyché ? Qu’est-ce ? » La femme d’aujourd’hui, n’a que le reflet de sa télévision, pour seul miroir, ce qui limite son angle sur elle-même et agrandit d’autant ses complexes, et oui c’est un paradoxe, la femme est faite de paradoxes. Donc, l’homme se rachète devant sa belle. Une reconquête s’impose : câlins matin, midi, soir (posologie minimum recommandée), fleurs, restaurants, shoping, supermarché, réparations du domestique et autres tracas, bref, l’homme s’investit, paye la facture le prix fort, la femme roucoule ! Mais une femme n’oublie jamais. Elle reste attentive, et l’homme sur ses gardes. Tout regard sur une autre femelle remettrait en cause, tous ses efforts. La prudence est de rigueur. Il a supprimé les numéros compromettants de son téléphone portable, surtout la blonde platine dite : fontaine et la brune gothique dite : l’épingle. Jeté deux boîtes de préservatifs, le cœur lourd et l’érection en berne. Il rentre le soir, à l’heure.  Il sait tenir une conversation : il parle chiffons en expert, se tient au courant des potins mondains, invariables donc récurrents, s’applique à comprendre l’incompréhensible : les effets de la crème de nuit et du matin, compatit sur la misère du monde animal et accompagne sa tendre aux conférences sur la grenouille volante, sans oublier qu’il est devenu propre, ordonné, un tantinet maniaque.  En un mot, il devenu l’homme idéal. Mais le temps fait son office. Le train train quotidien prend le dessus. Les relations s’émoussent. L’ennui s’applique comme une pommade chaque jour. Bref, le couple s'ankylose sur sa terre, autrefois cultivée et fertile, elle devient jachère et stérile et de nouveau la femme crise. L’homme ne sait plus que penser. Il est devenu fidèle. Compteur du reproche : zéro. Alors, il reprend son bâton de pèlerin, le vagabondage, histoire de voir s’il n’a pas perdu la main. Effectivement, son panache est toujours là, mais ce n’est plus pareil et son attente de la femme a changé. Il veut passer de l’unilatéral, au bilatéral. En clair, il espère des échanges mutuels, sincères. Six milliards d’humains, au moins trois milliards de femmes. Une paille et un vrai vivier. Le choix est pharaonique et la perle, rare. Sa perle. Il se met à l’œuvre et comme à la recherche d’un emploi, il distribue de part le monde son curriculum vitae et ses motivations. Il teste, analyse, prend des risques et « qui cherche, trouve » (chapitre sept, verset huit, de Matthieu, pour les puristes). Ce soir là, de décision ferme et bien réfléchie, il clôt sa vie d’ici, pour s’embarquer dans une vie, ailleurs. Sa nouvelle conquête n’est pas plus belle, plus intelligente ou plus autres choses. Non, s’ils sont Femme et Homme à part entière, complémentaires et soudés comme les mots de Saint-Exupéry : « Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction. »

 

©Max-Louis MARCETTEAU 2008

10:47 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : conquerant, homme, femme |  Imprimer