26/01/2008

Testament

 

Bateaux dans la baie - 1982 - Bernard BUFFET

 

Un Crayon qui a d'office que d'écrire des lettres d'amour, s'installe tous les jeudis rue des Amours Impossibles, avec ses amis Papier Vélin et Table Basse. Chaque personne s’agenouille pour dicter sa flamme à l’être aimé, les yeux fermés et les mains posées à plat sur Table Basse. Un jeudi de grand froid, une dame d’un certain âge pose un genou à terre, une main sur Table Basse. Les yeux rougis, elle dit sans attendre : « - Mon cœur a glacé la vie de mon enfant unique. A la passion de l’aimer, j’ai cassé sa raison de vivre. A le voir grandir, je l’ai rabaissé. A la valeur d’amour maternelle, ses bras maigres ont connu les rudes corvées de la ferme, ses jambes courtes et frêles le travail des champs en toutes saisons, ses pieds nus déformés la terre rouge difficiles de mes aïeux, son ventre rond le pain moisi et l’eau des marais, ses yeux bleus les larmes à mes violences et de sa fatigue, sa bouche fine le mutisme à mes colères, ses joues roses mes gifles, ses oreilles mes paroles venimeuses, son corps la paille humide et les vêtements miteux. A la Lune nouvelle, ses mains ont serré mon cou comme les serres d’un aigle qui cueille un agneau. J’ai frappé le monstre avec un tisonnier. Il est mort sur le sol terreux de ma cuisine. A ce jour, je suis devenue vieille, aigrie, le cœur brisé et l’âme défigurée. Je demande pardon au ciel et la terre, au feu et à l’eau. Ma fin est proche et mes paroles en testament, portez mes mots sur la tombe de mon enfant. » Table Basse tremble et Papier Vélin pleure. Crayon a écrit à l’encre rouge ces lettres. Le froid est devenu plus froid. Blessé par ces morsures, Papier Vélin se brise en mille morceaux et au vent glacial qui s’est levé à l’écoute de ces paroles, l’emporte dans un tourbillon effréné, dirige sa violence vers la dame qui n’a point bougé, la transperce jusqu’à mort s’ensuive. Depuis ce jour, l’encre rouge est devenue le symbole de la faute. La table basse de soumission.

 

©Max-Louis MARCETTEAU 2008

20:50 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : enfant, crayon, testament |  Imprimer

Commentaires

* Bonjour * Je passe sur ton blog, et le découvre suite à ton commentaire. Très beau blog, j'aime ce côté poetique. Un tout grand merci pour ton passage et ce petit mot laissé. @ bientôt...

Écrit par : vallou | 28/01/2008

Bonjour, Coucou Max-Louis,

J'aime toujours autant lire tes mots.
Je voulais te remercier de ta visite chez moi, c'est toujours une joie.
A très bientôt ici ou ailleurs, je t'embrasse, Alana:).

Écrit par : Alana | 28/01/2008

Terrible confession ...

Écrit par : Nadette | 28/01/2008

Les commentaires sont fermés.