21/06/2007

Particule qui s'agite

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Particule qui s’agite : homme au bout de sa route. Ses yeux ruminent son dernier soleil, une illusion. Ses pas traversent une lande d’ossements brossée aux Lunes grises successives. Un dernier râle, ses yeux se givrent. L’homme gît sur des pavés peints de son sang à la bruine matinale, des larmes comme des pinceaux, dessinent des hydres. Je suis à genoux, mais trop tard. Je suis plié par le chagrin, et la colère monte en moi. Ton visage n’est plus ton visage ! Ose me secourir, cadavre ! Ouvre ta porte ! Cri avec les mains, les yeux, pantin devenu, je te prends dans mes bras. Dis-moi, pourquoi tu n’as pas osé m’appeler ? Pourquoi, ta vie a défiguré la flamme ton destin ? Dis-moi pourquoi, pourquoi ! Parle-moi ! Dis-moi pourquoi tu pleurais au goulot d’une bouteille ? Ta mort est ma crucifixion. Dis-moi qui t’as frappé, le lâche ! Je veux entendre ta voix rocailleuse me prononcer le nom de cette infâme. Ma joue se colle sur ton visage monstrueux. Dis-moi la vérité sur ta mort. Parle-moi ! Si l’âme existe, que la tienne se manifeste. Qu’elle délivre son message avant que le tourment d’une éternité indécente lui pèse. Ne me laisse pas seul, sans réponse ! Tu dis ? L’infâme n’est pas celui qui t’a assassiné pour une querelle de dette de dix euros ? Je hurle de joie, de peur, aux oreilles des sourds de cette ruelle fatiguée des heures noctambules, aux pochards en bataillon, toujours prêts à se dépouiller, à se trancher la gorge, au délire meurtrier inconscient ! Tu dis ? Mes paroles ont été des offenses ? Tu divagues mon pauvre. Je t’étouffe ? Tu es bel et bien mort, je te dis ! Tu me hais ? Et moi, je t’aime ! Je t’aime, tu comprends ? J’ai été ta prison ? Ta liberté était la mienne, j’étais heureux par toi ! Tu étais malheureux ? Impossible ! J’étais garde ton garde-chiourme ? Comment oses-tu . . . me poignarder . . . ainsi ? Dis-moi, . . . je suis . . . l’infâme qui t’as assassiné ? Le silence affronte de face une réponse voilée qui ne veut pas se découvrir. Parle moi ! Parle moi. Un soleil pâle se dégage des nuages. Un attroupement malsain nous entoure. Un homme, un livre vient de mourir aux pages déchirées, aux mots déformés, à l’encre rouge écumeuse d’une histoire qui se colle à moi. Notre histoire, mon frère.

 

©Max-Louis MARCETTEAU 2007

22:42 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : frere |  Imprimer

Commentaires

Hello l'artiste C'est poignant. Y a-t-il du vécu dans ce texte? Tu n'es pas obligé de me répondre et garder le mystère..mais même dans le fictif, je pense qu'on se révèle plus qu'on ne croit. Un romancier partage parfois les différentes facettes de sa personnalité, ou ses humeurs entre les personnages de son oeuvre..de manière inconsciente le plus souvent. Bon dimanche à toi.

Écrit par : Edouard | 24/06/2007

Edouard Non, aucun vécu. J'ai commencé ce texte par les deux premières lignes en attente d'y revenir plus tard. Puis, quelque temps après, je m'y suis attelé, d'autres lignes se sont inscrites d'elles-mêmes et l'histoire à pris forme. Bref, que du bonheur, même si ce texte n'est pas spécialement joyeux :)
Ton analyse sur le fictif et le romancier, tape juste :)

Écrit par : Max-Louis | 24/06/2007

Une question: combien de fois, au long de la vie , assassinons-nons celle (où celui) que nous n'osons pas être? Encore une fois, j'aime l'écriture!

Écrit par : nido | 24/06/2007

Nido Tout cela vient du poids d'une éducation, d'une histoire, des interdits, d'une normalisation sociétale et nous réduisons, ainsi, nos aspirations à une vie normatique. Nous tuons les éléments essentiels de notre épnouissements, trop souvent.

Écrit par : Max-Louis | 24/06/2007

Dire où ne pas dire, voilà la question.
Je vous propose de jouer au jeu des 7 vérités ( voir " à la une")
Sans rancune ?

Écrit par : Nadette | 25/06/2007

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