06/06/2007

Je ne compte plus

Sculpture de Jaume Plensa 1955

Je ne compte plus les bougies qui s’éteignent à mon regard le jour de mon anniversaire. Ma vieillisse est une perte de temps pour la vie où est-ce ma vie qui me tient la chandelle par défi ? Mystère.  J’entends le verbe mourir au présent dans ma tête, qui se cogne sur l’arbre tronc planté dans mon jardin d’hiver, telle une stèle qui n’attend que le moment de naître pour exister, de paraître. Je coupe les souvenirs aux ciseaux de mes regrets, et ses larmes sont des confettis qui me collent à la peau. J’attends d’ouvrir mon artère d’impatience d’en finir, d’où sortira un sang d’encre prêt à écrire mon Livre et qui frappera à la porte de la mort qui rougira au contact, sourira comme un vampire abreuvé, m’emportera vers une éternité donc le seul mot renferme tous les siècles d’espoir des âmes qui ont voulu y croire. Je pose mes vêtements sur la terre que j’ai piétiné sans la remercier. Je suis nu et je suis vide. Je suis plein d’espoir et je verse mes larmes dans le verre de l’indifférence de la mort. Le ciel se couvre comme gêné de ma nudité de vieillard. Je lève les bras vers le zénith alors que m’attend le nadir. Je ris. Ivresse de ma déchéance, je me saoule d’un vent frais qui hérisse ma chair qui n’a senti de douceur que des tissus et qui redoute la chaleur de la terre, synonyme de décomposition. Je froisse mon regard sur mon arbre à la peau ridée et ferme mes yeux pour y voir la lumière qui prend son élan et chasser les ombres qui veulent m’habiller avant ce grand départ. Je sers mes poings et je cris, un cri de vieillard dans la nuit qui suinte les étoiles comme une peau trouée par les balles d’un ennemi inconnu. Je prie la terre de me recevoir dans son humble demeure et j’ai peur que mon corps lui déplaise. Mon âme se retire, tel le fil d’un chat d’aiguille. Je ne tisserais plus les heures glorieuses de ma vie, seul une tapisserie découpée se collera sur quelques âmes encore vivantes, conduira ma survivance parmi les humains trop nombreux et trop seuls. Je plie les genoux, renverse la tête en arrière, les bras ballants, un éclair fulgurant me traverse le poitrail. Je suis vitrifié sur place, statufié par effet. Mon corps se casse, tel un verre jeter violemment sur un carrelage de cuisine. Je me réveille sur le sol glacé de ma salle de bains. Un pompier me sourit. Il vient de me sauver !

 

©Max-Louis MARCETTEAU 2007

 

Sculpture de Jaume Plensa 1955

21:36 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : vieillisse, pompier |  Imprimer

Commentaires

Salutations d'Edouard Enfin, du Max-Louis pur jus, avec son style qui nous donne des coups de jus, même si c'est pas juju comme ambiance,mais c'est franchement soperbe! Et j'en mélange mes voyelles d'admiration.
Et ton acrostiche en commentaire me va droit au coeur. A bientôt l'artiste...

Écrit par : Edouard | 06/06/2007

eh ben dis donc! quelle chance! un peu plus et c'était trop tard. La mort, cette garce, vient àà son heure, ni avant ni aprés: la seule a être aussi exacte sur terre. Mais en ce qui nous concerne, qu'elle ne se presse pas, qu'en penses-tu?
Bisous du matin, frais et parfumé des lavandins gorgés de pluie.

Écrit par : mimi | 07/06/2007

Mimi J'aime ces bisous :)

Écrit par : Max-Louis | 07/06/2007

Une superbe java de mots pour exprimer l'instant où tout peut vasciller.

Écrit par : Nadette | 09/06/2007

Bravo pour votre blog que je viens de découvrir aujourd'hui. Au plaisir de lire vos commentaires sur http://journalpetitbelge.blogspot.com

Écrit par : Un petit Belge | 09/06/2007

Coucou... ...je viens de découvrir le message disant que mon lien vers mon blog ne marchait pas, j'ai cliqué dedans et cela fonctionne grrrrrrrr...parfois cela déconne mais bon maintenant c'est ok.
Tu peux donc venir me visiter.
Sinon, c'est : ethae.skynetblogs.be
Au cas où cela ne fonctionnerait pas encore :)
Je trouve mystérieux ton univers scriptural, tu es à la recherche du graal, moi de ta connaissance (sourire)
A trés bientôt...

Écrit par : Ethae | 12/06/2007

Un arrêt chez vous, Juste à temps pour vous voir mourir et puis re-vivre...

Cordialement
Marie

Écrit par : Marie Lanson | 13/06/2007

Ethae Nous pourrions effectivemet faire plus ample connaissance, pourquoi pas :)
Je peux accéder à ton blog. Je ne tarderais pas à y laisser quelques signes :)

Écrit par : Max-Louis | 13/06/2007

L'hom presque fini Un récit dur et injecté de sang !

L'homme je l'aime quand il est presque fini car c'est à ce moment là qu'il est bon dans tous les sens du terme !

Un baiser naturel

Angélique

Écrit par : Angélique | 15/10/2007

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