27/04/2007

Nue, assise

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Nue, assise en califourchon sur un banc de bois blanc soudé au sable d’une plage immense, émondée de toute âme, je règne sur une surface sableuse et une eau trop calme pour ne pas être vivante. Je ressens dans mes entrailles ces caresses et son ressac intime écume mon antre secret. Le Temps translucide pigmente mon corps de ses secondes et bourdonne dans mes oreilles, tel l’acouphène. La douleur et le plaisir se mêlent, bouillants, absolus, je me donne entièrement, libre et prisonnière, j’exulte un long cri qui résonne comme un galet déformant les gémissement de l’océan. J’ouvre mes bras au soleil couchant et tète ses derniers rayons pour me nourrir de son énergie sanguine. Je déverse une pluie de larmes arc-en-ciel sur le rivage. Déposséder et posséder à chaque vague, l’orage de mon envie me foudroie de tenir, ardente comme un volcan en éruption. Tenaillée de mourir sur l’instant, poursuivie de vivre encore par l’excitation permanente, j’overdose. Je me renverse en arrière, les bras pendus, deux branches arrachées par un ouragan, mon corps se refroidit. Mes paupières, ostensiblement rétractées, le ciel me jette ses étoiles. Mes pupilles dilatées comme des trous noirs, me brûlent les rétines. Je hurle. Je suis sanglée, pieds et mains par la mort. Je suffoque, transpire la honte d’être ! Je résiste. Pourquoi, je ne veux pas mourir ? Ne suis-je pas ces milliards d’orgasmes refoulés, outragés, souillés. Suis-je bouc émissaire ? Trahison ! Mon corps est convulsion, mon âme nappée de la damnation ! Je veux de ce ruisseau, née, trépasser à la marée montante de l’océan de mon démon : Asmodée. Fin d’un règne, début d’une déchéance. Le sable devient mouvant. Je suis happée. Ce cercueil m’accueille : tous mes orifices envahis de grains acérés, pénètrent mes intimes révélations de jouissance. Débauches extrêmes, me cisaillent les jointures, me dépècent, ma chair est blanche. La mort m’écrase de sa puissance. Je lâche prise et ma folie me sangle sur un lit d’hôpital.

 

©Max-Louis MARCETTEAU 2007

 

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24/04/2007

Eventrer le mot

Ecrire

Eventrer le mot et boire sa substance. L’homme impose à sa plume, son esclave, les mots sur sa feuille, sa maîtresse, l’histoire d’un mot qui n’a pas de sens. Heures de délire, insoutenable bien-être de parcourir sa chair, à l’envers à l’endroit, jouissance affranchie des tabous communs. Ivresse alcoolisée par l’encre devenue sperme qui sème sur le ventre de la feuille quadrillée, des lettres, aux ordres d’un alphabet, maître de céans, indomptable, incorruptible, enchaînant la peau feuillue, frissonnante, brûlante. Caresses inaudibles et cependant des ondes de volupté dressent la définition à la hauteur du firmament des pointes érectiles de ses voyelles qui s’élancent dans un long gémissement, ouvrent les écluses de l’indécence et du bonheur. (n’est-il pas vrai que le bonheur est indécent car rare et convoitée ?). Ses consonnes consommées à l’usage s’évaporent en des nuages aux formes incongrues, déployant des voiles de tendresse. Pourtant, sa définition n’apparaît pas à la vue du lecteur raisonnable. Seule, la folie tenue par la main, a le pouvoir de la découvrir, nue, de surface et d’intérieur. Franchir le pas. Oser s’aventurer dans un espace incontrôlable. Perdre une seconde ou une éternité sa raison. Déposséder un seul instant les étais de son discernement, plonger en apnée un moment par peur de respirer l’intenable et céder, enfin à l’inconnu. Faut-il de solides solives de conscience pour gagner l’inconscience de l’acte, mûrement réfléchit. Celle-ci enjambée, les entrailles de la définition posée sur la table de travail, la loupe de l’intelligence illuminée du lecteur, se sert des morceaux qu’il engloutit. Il devient ogre sans comprendre. Il dévale les pentes, langue pendante, bave écarlate, il naît ! L’encre perle sur sa langue ponctuation, tel un cri en écho, elle s’empale sur la jouissance d’exister, enfin à la lumière.

 

©Max-Louis MARCETTEAU2007

19:23 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer

22/04/2007

J'ai vu ce livre

Dictionnaires de latin

J’ai vu ce livre discourir sur le parvis d’une église : des hommes brûlaient sur un bûcher. J’ai vu une feuille de ce livre caresser les lèvres d’une lectrice qui s’était d’endormie dessus. J’ai vu ce livre s’élever dans les airs devant une foule assise sur des bancs éparpillés sur une route. J’ai vu ce livre se couvrir de honte sur les sarcasmes d’illettrés. J’ai vu ce livre  s’habiller de couleurs au matin d’un feu de forêt. J’ai vu ce livre s’ouvrir au regard d’un aveugle qui écarquillait des yeux aux pupilles blanches. J’ai vu ce livre lire un autre livre sur l’épaule d’un lecteur de journal. J’ai vu ce livre s’empaler de la peur à la lumière de l’érudit. J’ai vu ce livre souffrir, enfermer dans une bibliothèque, oublié de la mémoire de l’homme. J’ai vu ce livre parcourir une étagère pour retrouver sa place, après qu’une main l’eût égarée. J’ai vu ce livre s’enhardir au sourire d’une petite fille qui l’avait choisi. J’ai vu ce livre chercher une lettre dans ses pages qui avait fugué. J’ai vu ce livre sonner le glas d’une société. J’ai vu ce livre posé sur un banc public, prier. J’ai vu ce livre pleurer dans les bras d’un tome. J’ai vu ce livre allumer le fanatisme et éteindre des vies. J’ai vu ce livre dresser ses mots sur des têtes bien pensantes. J’ai vu ce livre ivre, baigner dans une eau boueuse. J’ai vu ce livre abîmer étendre ses pages comme les bras du Christ au regard d’un relieur autiste. J’ai vu ce livre dater l’ouverture de chaque page pour ne pas perdre la notion du Temps. J’ai vu ce livre planter au bord de la route, tendre sa première page pour recevoir une obole. J’ai vu ce livre heureux de tenir la plume de l’écrivain lui rendant hommage. J’ai vu ce livre enrubanné pour être offert à une femme blonde qui ne savait que monologuer. J’ai lu ce livre partir dans la nuit sous le bras d’un infidèle. J’ai vu ce livre sommeiller sur l’herbe, chahuter par le vent qui ne comprenait pas un mot de son langage. J’ai vu ce livre veiller un mort. J’ai vu ce livre se donner l’absolution lors d’une cérémonie de premiers prix. J’ai vu ce livre s’effeuiller au printemps de sa vie J’ai vu ce livre se nourrir d’idées universelles et se pendre, froissé de n’être pas entendu. J’ai lu ce livre et je me suis immolé à l’encre de ses mots.

 

©Max-Louis MARCETTEAU 2007

17:57 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer