24/04/2007

Eventrer le mot

Ecrire

Eventrer le mot et boire sa substance. L’homme impose à sa plume, son esclave, les mots sur sa feuille, sa maîtresse, l’histoire d’un mot qui n’a pas de sens. Heures de délire, insoutenable bien-être de parcourir sa chair, à l’envers à l’endroit, jouissance affranchie des tabous communs. Ivresse alcoolisée par l’encre devenue sperme qui sème sur le ventre de la feuille quadrillée, des lettres, aux ordres d’un alphabet, maître de céans, indomptable, incorruptible, enchaînant la peau feuillue, frissonnante, brûlante. Caresses inaudibles et cependant des ondes de volupté dressent la définition à la hauteur du firmament des pointes érectiles de ses voyelles qui s’élancent dans un long gémissement, ouvrent les écluses de l’indécence et du bonheur. (n’est-il pas vrai que le bonheur est indécent car rare et convoitée ?). Ses consonnes consommées à l’usage s’évaporent en des nuages aux formes incongrues, déployant des voiles de tendresse. Pourtant, sa définition n’apparaît pas à la vue du lecteur raisonnable. Seule, la folie tenue par la main, a le pouvoir de la découvrir, nue, de surface et d’intérieur. Franchir le pas. Oser s’aventurer dans un espace incontrôlable. Perdre une seconde ou une éternité sa raison. Déposséder un seul instant les étais de son discernement, plonger en apnée un moment par peur de respirer l’intenable et céder, enfin à l’inconnu. Faut-il de solides solives de conscience pour gagner l’inconscience de l’acte, mûrement réfléchit. Celle-ci enjambée, les entrailles de la définition posée sur la table de travail, la loupe de l’intelligence illuminée du lecteur, se sert des morceaux qu’il engloutit. Il devient ogre sans comprendre. Il dévale les pentes, langue pendante, bave écarlate, il naît ! L’encre perle sur sa langue ponctuation, tel un cri en écho, elle s’empale sur la jouissance d’exister, enfin à la lumière.

 

©Max-Louis MARCETTEAU2007

19:23 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer

Commentaires

Hello free max Dites donc, em matière de prose voluptueuse, vous faites fort aussi. Plus prose "poérotique" que "poétrique"..c'est d'un érotisme troublant, même puissant, comme je l'aime. Je suis plus cru dans mes écrits, mais c'est un choix: pour secouer les tripes des trouducs et les coincés d'où je pense. Je reviendrai.

Écrit par : Edouard | 28/04/2007

... L'essentiel dans l'écrit est d'être soi. Le style en découle et l'oeuvre naît. Vous êtes de ces hommes et femmes qui ne laissent pas indifférent et j'aime :)

Écrit par : Max-Louis | 28/04/2007

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