05/01/2007

Il est vingt heures

Libellule Dragonfly_eye_3811

Il est vingt heures. Un jour quelconque d’un mois de décembre, d’une quelconque année, en ce tout début de millénaire dans une ville sans importance. Une pluie torrentielle accompagne un vent fougueux : variation pour piano et violon, bousculent toitures, lampadaires, panneaux publicitaires, électoraux, sans distinction et autres mobiliers terrestres tels que les arbres. Il y a des déserts de sable plus enviables que cet état hautement dépressionnaire qu’arbore le visage défait de cette cité aux prises avec les éléments, parfois, surnaturels. Des ondes de chocs se propagent. Le sol frisonne, les maisons frémissent. De vieilles personnes, ancrées jusqu’à la mort, déploient de la patience comme une seconde nature, à graver leurs habitudes sur un parquet, un carrelage, par une chorégraphie usée jusqu’à porter des béquilles pour tenir le mouvement, même si, ce n’est qu’au ralenti, un demi souffle, ils accrochent, ils agrippent leur présence et là, des cœurs s’arrêtent. La peur se frotte les mains. Le contrat avec la mort fonctionne toujours à merveille. Il est vingt heures. Le journal télévisé présente en entrée, sur l’autel individuel de l’habitant, une manifestation de sans domiciles fixes devant une préfecture protégée de barbelés et les restes de cadavres atteints par le virus de la Bomba Attentatdébiliste. L’appétit vient en mangeant dit l’adage et, effectivement le plat de résistance annonce une mortalité accrue d’huîtres et que toute consommation frauduleuse est passible d’une amende et d’une cure de désintoxication en prime (à vos frais) si vous avez échappé aux dents de la Mort. Le dessert est copieux : disparition d’une femme célèbre en son temps, enlèvement d’une maman kangourou et de son petit dans une garderie, noyade d’une classe dans le « gouffre de l’enfer » dans le sud du pays, découverte d’ossements d’un enfant de huit ans, disparu il y a neuf ans, bref le citadin et la citadine, l’urbain et l’urbaine (je ne suis pas en train de citer deux couples papales) sont repus. Les uns seront de retour à la même heure le lendemain à ce journal qui oxyde la bonne humeur de chacun un peu plus chaque jour et d’autres se passeront la corde au cou, à défaut de prendre un fusil de chasse pour nettoyer des passants inconscients qui osent traverser leur ruelle. Il est vingt heures quarante-cinq. Ma grand-mère vient de me quitter pour un monde meilleur et un ami n’a pas résisté à l’appel de la corde. Il ne reste plus qu’à vomir.

 

© IoToP2007

14:30 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer

Commentaires

La Foi ou la corde? Il est des retours que l'on attend parfois au point de ne plus y croire, un peu comme celui de Tristan dans "légendes d'automne"... mais ce sont pourtant ceux là qui font le plus plaisir, car l'attente vaut l'honneur de les vivre... ainsi d'abord et avant tout: un bon retour, fusse-t-il seulement passager mais qui, quoi qu'il en soit, sera remarqué.

Comme à l'accoutumée, j'ai véritablement apprécié ton commentaire... connaissant chacune des citations employées, ainsi que leur contexte, je peux valablement savourer l'originalité de leur emploi: servant l'idée générale qui t'est propre tout en les rattachant avec logique alors qu'elles proviennent d'endroits différents de la fameuse épître.

Dans son rapport à la justice de Dieu telle que reçue par la foi , st Paul nous dit que celle-ci dépasse la loi mais la confirme, elle est celle qui effectue le rapport entre les circoncis, assujetis à la loi et les incirconcis, servant précisément cette loi non pas par ses oeuvres elles-mêmes, mais bien par le ciment de la foi, égale pour tous.
Toutce qui a été écrit, l'a été pour notre instruction... et pourquoi nous dit-il? pour que par "la persévérance et la consolation apportées par les Ecritures, nous possédions l'espérance".
Mais la foi n'as pas besoin de la loi au sens strict, au sens écrit du terme du moins, car il nous dit aussi "quand les païens, sans avoir de loi, font naturellement ce qu'ordonne la loi, ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes... ils montrent que l'oeuvre voulue par la loi est inscrite dans leur coeur".

"tu aimeras ton prochain comme toi même", voilà le commandement qui résume tous les autres, on pourrait presque même dire que dans un souci de concision, il résume le nouveau testament tout entier, car cet amour est " le plein accomplissement de la loi", conclut-il.
Savoir si il est déjà trop tard pour cela? peu de choses sont totalement inéluctables mais ce qui est certain c'est que l'humanité a prit une très sérieuse option vers un tel résultat, ce qui est encore plus certain c'est que la réaction devra être interne, elle devra venir de nous mêmes et pas d'un miracle hypothétique qui ne viendra jamais.

Quant à ton texte, il est très poignant, fortement et personnellement exprimé... cela rejoint le sadisme cathartique dont je parlais dans mon propre texte, savoir que le monde s'écroule c'est aussi se dire que ça va pas si mal chez soi, alors en joignant les deux, où se trouve la Foi face à la corde?

A très bientôt j'espère, l'ami.

Écrit par : l'apôtre du vent | 05/01/2007

Les commentaires sont fermés.