23/07/2006

Je traîne

Image de Gianni Candido du site http://www.zyeuter.com/

 

Je traîne des casseroles usagées dans la cuisine de ma vie. Je n’ai pas de poudre à récurer assez puissante, pas de lave vaisselles industrielle pour nettoyer ces souvenirs écorcheurs d’âme, accrochés au fond de chacune d’elles (et ne parlons pas de l’huile de coude.) Je ne peux pas m’en séparer, tout juste les gommer pour quelques-unes. Il reste, pourtant en filigrane des effets qui font mal au cœur. Les envoyer à la première déchetterie venue m’est impossible. Je suis attaché à elles comme le ciel aux nuages. J’ai enfermé certaines dans un placard de ma cuisine à double tour (imaginez la cuisine d’un homme, si le confort est présent, l’entretien laisse à désirer.) Elles sortent à un moment inattendu, par une nuit bien noire, un style de noir que même le fantôme de service n’ose pas s’y aventurer, et viennent frapper aux portes de mes rêves pour créer un champ de cauchemars, d’angoisses qui me réveillent couvert d’une sueur qui ressemble à de l’huile de friture. C’est pour cela d’ailleurs que je dors seul. J’ai du mal à concevoir qu’une femme puisse supporter une telle odeur de cuisine dans une chambre à coucher, même si je devais l’équiper d’une hotte aspirante hyper puissante, la chambre pas la femme. Autant une vie est longue, autant elle apporte de casseroles. Ce qui présage une suite aléatoire de mauvaises nuits. Ce qu’on appelle couramment une nuit blanche. D’ailleurs je ne vois pas le rapport, si seulement la lampe de chevet est blanche. La mienne est rouge. Oui, cela permet lors du réveil de ne pas être ébloui. Cette atmosphère est propice au calme. Et ne me dites pas que cela énerve. Le taureau, par exemple, est insensible au rouge. Il l’est, part l’ondulation du rideau rouge du torero comme je le suis de ces souvenirs qui écorchent mon âme. Un homme à une âme, mesdames, un cœur et le reste qui va avec. Ce n’est pas simplement qu’une mécanique qui pavoise et sert d’ustensile ( pas de cuisine ). D’ailleurs en écrivant cuisine, je viens de m’acheter une nouvelle casserole. J’espère qu’elle ne rejoindra pas ma collection de casseroles usagées. Pour cela j’ai pris la précaution d’appliquer un adhésif spécial anti-souvenirs cuisants.

 

©Max-Louis MARCETTEAU2006

18:47 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer

02/07/2006

As de coeur

Coeur, tombeau des souvenirs, écris mon épitaphe sur le marbre rouge de ma dernière demeure, sous la pluie des feuilles mortes. Egorge jusqu’à l’ultime goutte de sang les notes de musique de l’Amour. Déverse un chœur rugissant de dix mille âmes pendues au fil du Temps, sur le sol osseux des amants séparés par l’onde de la raison. Tranche ma puérile oeuvre comme une viande, comme un corps qui n’avait d’autre but que de vivre par ses fibres, intimes. Engage une armée de tambours au tempo crescendo. Qu’ils profanent les cœurs embaumés de l’amour ! Dévalise les massifs de fleurs sur les perrons des mariés habillées des mots tendres, ciselés sur le corps du mot éternité. Provoque les ardeurs de la souffrance romantique jusqu’au paroxysme de l’asphyxie. Condamne les portes du paradis des amoureux qui tiennent des propos à faire rougir un fleuve de tendresse. Demande aux nuages de fabriquer une pluie de larmes comme un acide pour défigurer les âmes qui déclament un amour sincère. Habille d’apparat, comme ceux de la Venise, le carnaval des rendez-vous adultères. Déboutonne les envies dans le canal des eaux usées, celles de l’indécence. Dégorge les lettres enflammées dans un océan d’amertume au parfum de la trahison. Déflore les champs de mots et empoisonne chaque syllabe. Souille toutes les bonnes manières. Agrafe les sourires surfaits. Saigne les bras des amants dans la douche de leurs ébats. Edente  les baisers aussi mouillés qu’une belle pluie d’été. Bois les visages des miroirs qui ont reçu les confidences intimes des amants tenus par les chaînes.

Cœur, mes genoux flanchent ! Je testamente ces dernières volontés, à l’encre larmée. Cœur, ma rage de vivre ne m’appartient plus. Je glisse sur la glace de la Mort. J’embarque dans un nouveau monde, promis et inconnu. Cœur, écris cette épitaphe : «  Il a été un gisant toute sa vie, à présent, il devenu un homme. »

 

J’étais une comète. Je suis redevenu une étoile. A toi Mon Amour, pour un autre ailleurs fusionnel qui, NOUS savons, nous réunira à nouveau.

 

 ©Max-Louis MARCETTEAU2006

23:33 Écrit par Max-Louis MARCETTEAU | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer